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UN RÊVE OLYMPIQUE BRISÉ SOUS LES BOMBES

Le quotidien du trampoline ukrainien
Dimanche, 09 juin 2024

En décembre 2023, Le Petit Reporter consacrait un reportage exclusif, consacré à Tetiana Shuiska, ancienne championne de trampoline ukrainienne et Maître de Sport de l’ex URSS, aujourd’hui formatrice de haut niveau et juge internationale.

De sa ville natale de Mykolaiv, ville portuaire du sud de l’Ukraine en première ligne des combats, Tetiana Shuiska (55 ans) témoigne du courage et de la résilience dont font preuve les athlètes ukrainiens. Juge internationale et de vice-présidente du Comité technique de la discipline administrée par la Fédération internationale de gymnastique, à un jet de pierre des JO de Paris 2024, elle nous confie ses attentes et ses espoirs pour les Jeux et ….la paix dans le monde.

Interview.

Le trampoline ukrainien sera-t-il présent aux JO de Paris 2024 ?

« Non, hélas ! Le trampoline ukrainien ne sera pas présent dans le programme de la gymnastique olympique à Paris. »

« C’est une triste nouvelle, sachant que nos attentes reposaient en particulier sur les épaules de notre athlète féminine, Svitlana Malkova. Elle figurait sur la liste des participants de l’épreuve qualificative de Cottbus (GER), en mars dernier. Motivée, un rêve olympique en tête, Svitlana a dû précipitamment renoncer à la compétition, effondrée, à la nouvelle de la mort de sa mère dans un bombardement, le 21 mars, la veille du début du tournoi. Pour nous toutes et tous en Ukraine, la mort est malheureusement une réalité avec laquelle nous devons vivre à chaque instant. »

« Côté masculin, notre meilleur élément, Anton Davydenko, a échoué dans sa tentative de qualification. Dans la liste des prétendants, il est le premier ‘réserviste’, égalité avec un trampoliniste australien, lequel a obtenu une licence « ultimo » pour les JO 2024. »

Dans quelles conditions les athlètes se préparent-ils en Ukraine ?

« Les sites d’entraînement ont souffert des bombardements (photo: Mykola Synelnykov). Nos gymnastes et leurs entraîneurs en souffrent et peinent à réunir les meilleures conditions de préparation pour les compétitions du calendrier international, JO compris. Cela étant, nous nous entraînons tous les jours, malgré les fusées et les obus balistiques. En cas d’alerte, nous nous réfugions dans les abris, les sous-sols. »

La relève du trampoline ukrainien, à l'occasion de la récente Odessa Cup. Un cliché 'volé' entre deux alertes. (Photo: Aina Bevz)

« Au mépris de ces alertes, nous parvenons à maintenir un niveau élevé, susceptible de bien figurer au plan international. A titre d’exemple, l'équipe senior féminine de trampoline ukrainienne a pris une magnifique 4ème place aux championnats d'Europe à Guimaraes (POR), en avril dernier. »

« Faute de conditions optimales et grâce à un élan de solidarité remarquable, cinq de nos gymnastes, membres de notre équipe nationale senior de trampoline et deux de leurs entraîneurs sont en Allemagne, à ce jour. Nous remercions chaleureusement et en particulier Patrick Siegfried, la Fédération allemande de trampoline, de gymnastique, leurs entraîneurs, les clubs régionaux, ainsi que les personnes qui hébergent nos athlètes. »

Qu’attendez-vous de la communauté sportive internationale au regard de l’agression russe ?

« Je suis reconnaissante envers la communauté sportive, pour l’aide qu’elle nous apporte et cela depuis les premiers mois de la guerre en 2022. Car ici, la situation n’a pas changé au cours des deux dernières années. Une grande partie du territoire de l'Ukraine est mort, déserté. Il n’y a plus de vie du tout dans ces espaces. Plus de villes, plus de villages. Les habitants de ces lieux ont fui, déménagé vers d'autres villes d'Ukraine, ou à l'étranger. »

« Les Ukrainiens ne peuvent pas vivre dans leur maison, ne peuvent pas continuer leurs activités normales, quotidiennes. Les enfants ne peuvent pas suivre leurs cours dans les écoles, les athlètes ne peuvent pas s’entraîner selon leur horaire normal. »

Les JO sont-ils toujours un message de paix ?

« Au fond de moi-même, je l'espère plus que tout. Je crois que le slogan ‘Le sport est porteur de paix’ n’est pas un vain mot. Rien au monde n’est plus important que de vivre en paix. Depuis chez moi, en Ukraine, je veux souhaiter cette paix à tout le monde. »