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LA TÊTE PRÈS DU BONNET!

Profession : agriculteur et à plein temps.
Dimanche, 24 janvier 2016

(Partie IV / IV – suite et fin des articles parus les 20, 21 et 23.01.2016. Reportage complet sous "Dossiers")

Fusionner pour exister, Pascal Challandes et Christian Sandoz l’ont fait en pleine connaissance de cause. Ils sont toutefois au centre d’un questionnement que partagent les mondes politiques et économiques de notre Pays. Une agriculture pour nos enfants. Oui, mais laquelle ?

Leur parcours nous livre quelques réflexions.

Nouvelle vie.

Un changement de cap, de vie aussi fondamental affecte l’entourage, en particulier celles et ceux qui ont tenu le domaine dans le passé et  pendant de longues années.

LPR : Comment la génération qui vous précède, vos parents, a-t-elle vécu cette fusion ?

CS : Les débuts ont été difficiles. Mon père a cru longtemps que tout pouvait continuer comme par le passé. Mais, il a très vite compris que cette décision était inéluctable. J’ai vu son émotion lorsque nos vaches ont quitté la Jonchère pour Fontaines. Cette journée fut difficile pour lui.

PC : C’était inévitable. Nous aurions pu continuer comme avant, mais sans le lait, avec un peu de cultures, d’engraissement et un job à côté. Mais tel n’était pas notre motivation. Tout cela est bien, mais aujourd’hui nous ne gagnons pas plus qu’avant. Notre dette en revanche a augmenté à la hauteur de nos investissements, de notre nouvel outil de travail.  Nous avons pris d’énormes risques que nous devons assumer maintenant.

Je ne suis pas certain que nos enfants auront le même attachement à ce qui est aujourd’hui notre patrimoine. Ils se sont moins investis que nous l’avons fait à leur âge. Ce phénomène existe déjà et pourrait s’amplifier. Des domaines vont changer de propriétaires, se regrouper.

Si les enfants reprennent le domaine, tant mieux mais ce n’est pas une donnée de notre réflexion.

CS : Comme déjà dit, c’est un choix d’une nouvelle vie que nous espérons tous meilleur. Et les premiers signes sont là. Après quelques mois dans cette nouvelle structure, j’ai plus de temps pour moi, ma famille. Le poids des journées interminables, la fatigue diminuent de façon significative. C’est tout bénéfice pour notre qualité de vie.

Nous n’avons pas fait ce choix pour nos enfants. Nous avons encore 20 années de vie active devant nous, avant de faire valoir notre droit à une retraite. Nos enfants choisiront le métier qui leur plait.

LPR : Au fait, vos domaines, d’où viennent-ils ?

CS : La ferme de La Jonchère a été construite en 1852, comme inscrit sur une pierre en façade. C’est un agriculteur de la région qui par la suite a émigré aux Etats-Unis, en quête vraisemblablement d’un Eldorado ! C’est mon arrière-grand-père qui leur a acheté  le domaine vers 1900.

PC : A son  origine, au milieu du 18ème siècle, c’était une magnifique ferme neuchâteloise, comme il en n’existe peu aujourd’hui. Son architecture est très voisine de celle du Musée paysan de La Chaux-de-Fonds.

Plusieurs générations de Challandes l’ont exploitée au cours des années. En 1972, alors que mon grand-père était aux commandes, la ferme a brûlé presque totalement. Son architecture actuelle date de sa reconstruction en 1973. Puis, nouvel incendie en 1980, moins conséquent certes, mais qui demande de nouveaux travaux de remise en état, une charpente métallique notamment. C’est enfin en 2015, que nous avons construit le rural actuel, avec en tête une nouvelle approche de l’exploitation du domaine.

LPR : Où va votre lait ?

PC : Longtemps, ma production était récoltée par un tiers, un intermédiaire entre nous producteurs et le destinataire final, le transformateur. Or tout intermédiaire constitue des frais supplémentaires. Pendant des années, mon lait n’a pas été payé au juste prix.

CS : Aujourd’hui, toute notre production est prise en charge par la Migros.

En conscience.

Depuis que l’agriculture existe en Terre Helvétie, sa gestion et ses acteurs alimentent un débat qui n’en finit pas de passionner. Entre le camp dur des partisans de sa privatisation – le marché réglera tout ça – et celui soutenant une agriculture de proximité veillant à la fois sur notre approvisionnement et l’entretien de nos prairies, il y a place pour une moisson d’arguments, aussi pertinents les uns que les autres.

Fusionner pour exister est un pari sur l’avenir, sur une activité dont on ne maîtrise pas tous les éléments. Au moyen de projections, d’aucuns spéculeront sur le prix du lait à moyen terme. S’agissant de la météo, c’est un autre discours. En conscience, Christian Sandoz et Pascal Challandes ont fait un choix et pris une décision.  Dans ce choix, il y a de la pertinence. La compétence, ils l’ont acquise dans les cours de formation et avec l’outil en mains. Ils savent de quoi ils parlent. Ils aiment leur métier, comme ils aiment leur bétail. Ils élèvent, cultivent de manière responsable, en gardant à l’esprit tout ce que leur inspire l’environnement, la bio-agriculture, en conservant les faits et en rejetant les effets de manches.

La tête près du bonnet, certes. Et les pieds sur terre !

Le 17 octobre 2015, le déménagement est terminé. On marque le coup avec les amis autour d'un verre!

Type d'article: 
Environnement - Economie - Santé (société)