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AMNESIE?

Hier, c'était vous le réfugié!
Mardi, 10 janvier 2017

Boudevilliers (SUI), le 10 janvier 2017: Il y a un an, dans le contexte du flux des réfugiés déferlant sur l’Europe centrale, nous rappelions au Premier Ministre hongrois qu’il eût été plus avisé d’ouvrir sa mémoire que de fermer ses frontières. Nous lui signifions, exemple vécu à l’appui, notre propre expérience de Suisse réputée « refermée » sur elle-même, lorsque qu’en 1956, nous avons ouvert nos foyers et dressé le couvert pour des hongrois fuyant les chars soviétiques.

Dans l’intervalle, nous nous sommes arrêtés un instant devant une plaque commémorative, Esplanade du Mt Blanc à Neuchâtel, que peu de Britchons doivent connaître à notre avis. Elle est celle de la Communauté hongroise reconnaissante de l’accueil que les helvètes lui a réservé en 1956. Le texte dit: "Les réfugiés hongrois de 1956 expriment leur profonde gratitude au peuple neuchâtelois qui les a chaleureusement accueillis."

A quand des plaques afghanes, syriennes, irakiennes sur la Place des Héros de la capitale hongroise ?

Relisez ci-dessous.

1956

Cher Monsieur Orban, je prends acte du fait et ne m’autorise aucune ingérence, ni interférence dans un environnement qui n’est pas le mien. En revanche, je m’autorise un devoir de mémoire à votre endroit, aujourd’hui 23 octobre, date historique en Hongrie, pour rappeler les événements ci-dessous.

J’ai 7 ans lorsque les journaux, la radio, les clients du restaurant que mes parents gèrent, relatent les événements hongrois du 23 octobre 1956, une page de votre histoire que vous connaissez mieux que moi. J’entends les reporters de notre radio nationale de Sottens, je vois les photos des premières pages de nos quotidiens L’Impartial, la Feuille d’Avis de Neuchâtel. Les hongrois, 200'000 dit-on, fuient les chars soviétiques. Parmi eux, une famille, le mari, l’épouse et leurs deux garçons, sont accueillis en Suisse et dirigés en ville de La Chaux-de-Fonds, chez mes parents, dans un « pignon » inoccupé, où elle trouve le gîte, le couvert et une chaleur humaine retrouvée. Cher Monsieur Orban, en 1956, la seule question que l’on se posait était de savoir comment pouvions-nous venir en aide aux hongrois. Tout simplement. 

Vous n’étiez pas encore né et ne possédez pas cette cicatrice. Aussi, est-ce dans un devoir de mémoire que je vous rappelle les événements que moi j’’ai vécu, en accueillant quatre réfugiés hongrois chez moi. Mes parents ne sont hélas plus là pour vous le confirmer, mais je vous conduis à votre convenance au N° 1 de la rue de l’Epargne. La maison y existe toujours.

1996

J’ai 47 ans et je suis à Budapest. J’y travaille en ma qualité de Chef de Presse de la Fédération Internationale de Gymnastique, à l’occasion des 20èmes Championnats du Monde de gymnastique rythmique. La veille de l’ouverture de l’événement, le Président, votre Président Arpad Göncz, ouvre les portes du Palais du Gouvernement et y reçoit les délégations et les 250 gymnastes provenant du monde entier. Il nous fait l’insigne honneur d’accorder une audience privée, dans son bureau, quelques minutes réservées aux autorités de la Fédération. J’étais du nombre. 

L’homme, le Président Arpad Gönz, devrait aujourd’hui inspirer les poseurs de barbelés, lui qui a lutté pour l’ouverture, la liberté, lui qui a présidé la Ligue hongroise des Droits de l’Homme. Considéré aujourd’hui encore comme un exemple de tolérance, je ne suis pas sûr que de là  où il se trouve aujourd’hui, il goûte la politique du Pays qu’il a tant aimé, défendu et dirigé avec dignité et intelligence.

Dans quelques mois, du 19 au 21 mai 2017, ce sont les gymnastes des championnats d'Europe de gymnastique rythmique qui se retrouveront à Budapest.

Aucun accueil ministériel n'est envisagé pour toutes ces "étrangères" qui déferleront dans la capitale hongroise!

Type d'article: 
Culture - Politique - Loisirs (société)